Au départ, un Piper c'est quelqu'un. William
Thomas Piper, né en 1881, qui s'est associé
en 1928 à la Taylor Brothers Aircraft Company.
L'entreprise produisit plusieurs modèles d'avions
légers à la fin des années 1920. Les
ventes d'avions chutant du fait de la crise
économique, elle fit faillite en 1930. William
Piper en racheta une partie du capital et la renomma
Taylor Aircraft Company.
Soucieux de proposer un appareil simple et
économique, Piper incita les Taylor à
concevoir le E2, un avion en bois et toile à aile
haute, mû par un moteur de faible puissance. Le
prototype possédait un moteur français : un
Salmson en étoile à neuf cylindres de 40
CV.
Le premier moteur envisagé, cependant,
était le Tiger Kitten de la Light Manufacturing
and Foundry Company, un bicylindres de 20 CV. Ce moteur
devait se révéler beaucoup trop faible pour
ce qui lui était demandé, mais c'est
à lui que les Piper classiques doivent leur nom de
“Cub”. “Kitten” signifie en
effet “chaton” ; par analogie le Taylor E2
fut surnommé “cub”, qui désigne
les petits de certains animaux, renardeaux ou
oursons.
Au fil des ans, l'E2 devait connaître un vif
succès du fait de son faible coût. il devait
évoluer en F2, G2 puis H2 jusqu'à ce qu'un
ingénieur de la société, Walter
Jamouneau, le redessine, toujours sur la base d'un
biplace en tandem : le J2 (J comme Jamouneau)
était né. Clarence Taylor, qui aurait
préféré un biplace
côte-à-côte, décidait à
ce moment de quitter la compagnie qu'il avait
créée et s'en allait fonder la Taylor-Young
Company devenue par la suite
Taylorcraft.
Du J3 au L4
En 1937, une évolution du J2, le J3 recevait
sa certification de l'administration américaine.
L'appareil allait marquer plusieurs
générations de pilotes, aux USA et en
Europe notamment.
Les E2, J2 puis J3 ont été des
succès immédiats en pleine crise
économique, grâce à leur
simplicité et donc leur prix abordable. L'avion
était en l'air après un roulage d'une
centaine de mètres, propulsé par un
Continental 4 cylindres à plat de 65 CV, sur
lequel était montée une hélice en
bois.
Mais la guerre menaçait. En 1940, l'US Army
programmait de grandes manœuvres et
réclamait des avions légers polyvalents. La
Piper Aircraft Corporation en profita pour faire essayer
aux militaires les qualités
manœuvrières de son J3. Sa capacité
à décoller de n’importe quelle
prairie devaient lui valoir le surnom de
“Grasshopper ” (sauterelle). Pour assurer ses
missions d’observation, le J3 fut
équipé, au lieu de ses petites vitres
arrière, d’une large verrière et
d’un toit en plexiglas.
Nouveau succès : la compagnie reçut une
première commande portant sur 40
“Cub”, suivis de... 750 autres unités!
Au fil des années de conflit, plus de 5.000 Piper
Cub militaires allaient être produits.
Les missions furent variées pour le J3 devenu
Piper L4 militaire : observation, liaison, réglage
d'artillerie, ambulance, photo aérienne et
même le transport de blessés. En 1944, un
pilote américain eut même l'audace
d'accrocher six bazookas sous l'aile de son Piper !
En prévision du débarquement en
Normandie, l'US Army commanda une version
allégée du Piper : le L4H. Ces avions
étaient fabriqués en Amérique,
convoyés par bateaux vers l'Angleterre et
assemblés parfois sur les plages fraîchement
envahies. La petite histoire dit que les
mécaniciens chargés du montage se
précipitaient sur les caisses à la
recherche des petits mots qui y étaient
glissés par les femmes travaillant alors dans les
usines d’aviation.
Un L4H de la Première Armée
française au-dessus du Danube en
1945.
Si le Piper Cub n’est pas un foudre de guerre,
ses histoires de combats aériens ne manquent pas.
Nombre de pilotes d’observation ont dû la vie
à sa capacité à tourner autour
d’un arbre pour éviter un chasseur, beaucoup
plus rapide. Selon certains historiens, le dernier combat
aérien de la Seconde guerre mondiale en Europe est
même à mettre à l’actif
d’un équipage de L4. Fin avril 1945, avec
leurs armes de poing, pilote et observateur ont contraint
un Fieseler Storch, avion d’observation allemand,
à atterrir en campagne et fait prisonnier son
pilote.
Cub et
SuperCub
Dès 1939, Piper Aircraft avait
proposé une version biplace
côte-à-côte du Cub, le J4 (construit
jusqu'en 1942). Celui-ci devait être suivi en 1939
du J5 triplace dont la carrière allait durer
jusqu'à 1946. Suivaient en 1945 le PA11 (pour
Piper Aircraft), une évolution du J3, et le PA12,
dérivé du J5.
Après la Seconde Guerre mondiale, Piper et les
autres constructeurs tablaient sur une explosion du
marché des avions légers. L'année
1947 devait voir leurs espoir anéantis. En janvier
et février, Piper vendait trente avions par jour ;
trois seulement en mars. Le 1
er juillet 1947,
300 appareils étaient parqués près
de l'usine de
Lock Haven en attente d'un
client.
Les nouveaux modèles se succédaient
néanmoins à la fin des années 1940 :
PA14 Family Cruiser à quatre places ; PA15
Vagabond ; PA16 Clipper ; PA17 Vagabond.
En novembre 1949, le PA18 SuperCub succédait
au PA11 sur les chaînes d'assemblage. Il allait
être produit par Piper jusqu'en 1994, à plus
de 10.000 exemplaires, avec des motorisation de 95 CV,
puis 105 CV, 125 CV et enfin 150 CV.
Un L21B, la version militaire du PA18, ici aux couleurs
de l'Armée de l'air
néerlandaise.
Le PA19 est un cas intéressant, dans la mesure
où il n'en existe qu'en France. A l'origine, le
PA19 devait être un PA11 équipé d'un
moteur Continental de 90 CV. Il a été
conçu pour répondre à l'appel
d'offre de l'US Army pour la fourniture du futur avion de
liaison L18. Entretemps, un projet de PA18 Vagabond
ayant été abandonné, Piper a
décidé de développer une version
civile appellée ... PA18. Un des trois prototypes
de PA19, équipé d'un moteur Lycoming et de
volets, a ouvert la voie aux PA18-105, construits
à partir de janvier 1950. Les L18C livrés
à l'Aviation légère de
l'Armée de l'air française (90 CV et pas de
volets) ont reçu l'appellation PA19 quand ils ont
été versés au registre civil.
Pourtant leurs numéros de série sont bien
en 18-xxxx.
Avec son moteur de 90 CV, le PA19 présente un
bon compromis entre performances et
économie.
A la même époque, la compagnie donnait
une descendance au PA16 Clipper : le PA20 Pacer qui
allait évoluer en triplace PA22 Tri-Pacer /
Carribean / Colt. (Le nom PA21 a été
donné au projet de bimoteur Baumann B-250
Brigadier que Piper avait souhaité produire.) Le
PA22 a été le premier avion Piper à
train tricycle. A partir du PA23 (le bimoteur Apache)
Piper Aircraft n'allait plus créer que des avions
métalliques à aile basse. Mais c'est une
autre histoire... Ce n'est plus celle des Piper
classiques qui passionnent les membres du Piper Club
France.
De 108 CV à 150 CV, les Pacer offrent de bonnes
conditions de voyage.
Les Cub
après Piper
Piper Aircraft n'a pas totalement renié ses
avions
à aile haute, en bois et toile. La compagnie
en assure d'ailleurs le
suivi.
Mais la fabrication des Supercub a bel et bien
cessé en 1994. Pourtant, il est toujours possible
de devenir propriétaire d'un “Cub”
neuf.
De petites sociétés américaines
produisent des clones de J3 et de PA18.
Généralement, ils diffèrent de
l'original par d'infimes détails, suffisants
toutefois pour n'être pas taxés de plagiat.
Signalons
American Legend Aircraft
Company qui fabrique un quasi-J3 100 CV.
CubCrafters propose un
“Top Cub” propulsé par un moteur de
180 CV et un “Sport Cub” de 100 CV.
Il est aussi possible de fabriquer son propre Cub.
Mentionnons tout d'abord l'initiative d'un
français, André Bréand qui diffuse
des liasses de plans dérivés du J3, du L4,
du PA11 et du PA17 Vagabond sous la marque
RépliCub. Aux USA,
WagAero, en
particulier, vous fournira de quoi fabriquer à la
maison un “Piper look-alike” (Wag-A-Bond,
Sportman 2+2 ou Sport Trainer inspiré du J3).
Bibliographie
Il existe de nombreux ouvrages sur les avions Piper.
La “bible” en la matière est
“ Piper Aircraft - The definitive historical guide
to Piper aircraft ”, de Roger W. Peperell ;
édité par Air Britain (Historians) Ltd.
Cette page lui doit la majeure partie de ses
informations. Roger Peperell, est l'historien officiel
de
Piper Aircraft
Corporation. Cet ouvrage est une édition
considérablement augmentée du livre paru en
1996 : 640 pages en couleurs, 1 700 illustrations. Prix
: £72.75 plus £10 de port auprès de
Air-Britain Sales,
41 Penhurst Road, Leigh, Tonbridge, Kent, TN11 8HL,
UK.